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La trajectoire de l’imprimé léopard

Lorsqu’ils sont arrivés à Madrid, le centre-ville était déjà occupé. Ils ont commencé à s’installer au sud de la capitale : à Parla, Fuenlabrada, Leganés ou Getafe. Ils venaient d’Andalousie et d’Estrémadure. Ils ont quitté le village pour le quartier. Ils sont venus pour travailler et sont devenus la classe ouvrière. C’était il y a près de cinquante ans.

Aujourd’hui, leurs petits-enfants vivent dans ces villes-dortoirs du sud, où coexistent encore l’esprit du village et celui du quartier. Ils ont hérité de plusieurs caractéristiques des premiers arrivants : ils appartiennent toujours à la classe ouvrière et conservent un fort esprit de lutte et de fierté, car c’est ici que la culture villageoise rencontre l’imprimé léopard.

Quelle différence existe aujourd’hui, deux générations plus tard, entre une jeune fille de Parla et une autre du centre de Madrid ? Les canons de beauté de la capitale sont définis au sommet de la pyramide médiatique : il suffit de regarder la publicité et les magazines de mode pour comprendre pourquoi les gens portent certains vêtements chaque saison. L’esthétique des quartiers, en revanche, ne se trouve pas dans les magazines glacés. Ceux qui la pratiquent puisent leur inspiration directement à la source, dans leur environnement immédiat.

C’est là toute la différence : à l’ère de la culture de masse, les idéaux de beauté des quartiers continuent d’être transmis des mères aux filles. On ne trouve pas ces styles dans les campagnes publicitaires ; ils sont composés de produits vendus sur les marchés locaux qui n’apparaissent jamais dans les magazines de mode. Et, contrairement à l’industrie de la mode, ils ne cherchent pas à créer une culture pour la vendre ; ils s’inscrivent dans une culture déjà existante.

L’esthétique des quartiers est constituée de signes d’identité qui se transmettent presque automatiquement de génération en génération. C’est pourquoi il est facile de retracer la généalogie du motif léopard. L’imprimé léopard est une référence ancienne associée à la noblesse. Il est probablement arrivé jusqu’ici par l’intermédiaire des colons britanniques qui l’avaient eux-mêmes emprunté aux anciens rois africains. Au fil du temps, il est devenu un symbole de statut social adopté par les ménagères andalouses, accompagné d’une profusion ostentatoire de bracelets, de bagues et de boucles d’oreilles en or, témoignant d’un héritage gitan. On y retrouve aussi la médaille de la Vierge catholique ou la croix de Caravaca portée autrefois par une arrière-grand-mère pendant la guerre civile. À cela s’ajoutent les cheveux teints en blond rappelant les touristes suédoises des années 1960 et un maquillage spectaculaire et généreux.

L’esthétique des quartiers repose sur l’ostentation et la fierté. Dans le quartier, la discrétion ne mène nulle part : il faut montrer ce que l’on possède. Les jeunes femmes utilisent les mêmes stratégies que leurs mères pour se mettre en valeur, et leurs tatouages Playboy prolongent l’héritage des décolletés audacieux avec lesquels elles ont grandi. L’attitude est essentielle : les femmes des quartiers sont des personnalités fortes avec lesquelles il faut compter.

Malgré un processus constant de modernisation intégrant piercings et influences esthétiques venues du Japon, leur apparence reste une évolution respectueuse de la culture héritée de leurs ancêtres. Ainsi, contrairement à une jeune gothique, à une adepte du hip-hop ou à une passionnée de post-punk, une pokera de quartier ne détonne jamais sur la photo de famille et sa mère lui reprochera rarement son apparence.

Modernité et respect. Messenger, imprimé léopard et Camarón.

Belleza de Barrio - Ricardo Cases ( Signed )

SKU : 9788477238539
95,00 €Prix
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